Les Petits Frères des Pauvres, au service des plus de 50 ans isolés, en précarité

Les Petits Frères des Pauvres, au service des 50 ans et + en situation d'isolement et de précarité

L’association des Petits frères des pauvres est créée en 1946, par Armand Marquiset, au nom « de la dignité de tout homme et de toute femme, quels que soient leur origine, leur situation et leur état physique, psychique ou social à bénéficier  de la fraternité et de la fidélité. » L’action des Petits frères des pauvres est non confessionnelle, apolitique, elle combat les grandes solitudes. Elle consiste à la mise en place d’une personne qui vient rompre l’isolement d’une autre, en recréant ainsi le lien social.

Le soixantième anniversaire des Petits frères des pauvres à Nantes prouve la constance du projet associatif. Il s’agit vraiment d’un projet pérenne. Parmi de jeunes bénévoles, certains sont venus rejoindre l’association en souvenir du réconfort apporté à leurs grands-parents. Toujours là, mais pas figé : le projet s’est adapté à l’évolution sociétale.

Dans l’Ouest, les missions des Petits frères des pauvres  sont nombreuses

Dans l’Ouest (Bretagne et Pays de La Loire), les Petits frères des pauvres comptent 1 200 bénévoles, dont 80 bénévoles sur Rennes Métropole, âgés de 18 à 96 ans. Les tranches d’âge de ces bénévoles se déclinent en un gros tiers de retraités, un autre tiers de personnes en activité, enfin un plus petit tiers de jeunes de moins de 30 ans. Répartis sur 3 équipes d’accompagnement à domicile et en hébergement collectif, ils visitent plus d’une centaine de seniors de 50 ans et plus. Chaque équipe intervient dans un des quartiers de Rennes Sud, Rennes Est et Rennes Ouest. Ces bénévoles soutiennent le retour au « goût des autres », en favorisant les rencontres, l’autonomie et l’intégration à la vie de la cité.

Les bénévoles tissent une relation de qualité

Yvon, 68 ans, était dans le groupe de jeunes qui organisait le réveillon pour les personnes âgées du quartier de Sainte-Thérèse, à Rennes. Cette initiative, créée en 1983, ces jeunes ont voulu la prolonger tout au long de l’année. Naturellement, ils ont donc rejoint l’association des Petits frères des pauvres. Yvon avait alors 16 ans. Aujourd’hui, il poursuit son engagement au sein de la section Sud de Rennes. Il visite une personne isolée tous les quinze jours, en alternance avec un autre bénévole. C’est la quatrième personne qu’il accompagne.

Homme de partage,  aux convictions humaines profondément ancrées,  il ne trouve rien d’extraordinaire à donner de son temps aux autres. À leur écoute, il précise que c’est le visité qui décide de la régularité des rencontres à domicile. Souvent, ce sont les assistantes sociales, les commerçants, médecins, infirmières qui détectent les situations de grande solitude et les signalent à l’association des Petits frères des pauvres. Si une personne « accepte de le recevoir », il répond à cet appel.

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A 25 ans, Christelle, en rupture d’emploi, souhaite s’investir dans une association. Sur un site, elle découvre l’action des Petits frères des pauvres. Les deux bénévoles de la commission d’accueil des bénévoles (CAB) la convainquent de les rejoindre. Trois ans après, elle salue toujours leur disponibilité, leur écoute. Rapidement elle peut rentrer en action et rencontrer Annick, dont le veuvage récent génère l’angoisse de la solitude. La relation est immédiatement chaleureuse. Ensemble, elles décident de se voir chaque semaine. Une visite d’une heure, conseillée par les animateurs de l’association, qui préconisent plutôt une visite bimensuelle.

Dynamique et motivée, Christelle, bénévole-visiteuse, s’investit plus dans l’association et monte en responsabilité en tant que bénévole : elle assure le secrétariat de la section des quartiers Ouest-rennais. Sa recherche d’épanouissement, son besoin de diversification trouvent des réponses, alors qu’elle donne du sens à sa vie. La structure l’entoure tout en lui laissant de l’autonomie. Son engagement date de trois ans. Toujours heureuse, son témoignage déborde d’enthousiasme.

Yvon et Christelle, comme les 1 200 bénévoles peuvent compter sur le soutien d’une équipe de salariés

Quatre coordinateurs de développement social interviennent sur 4 secteurs : la Bretagne, ainsi que la Mayenne et la Sarthe . Margot intervient sur Fougères, Mayenne et Le Mans. Frédéric anime deux équipes d’accompagnants à domicile et en EPHAD (Rennes), ainsi qu’une équipe de visiteurs en milieu carcéral, comme il en existe à Paris, Lille, Marseille et Lyon (milieu hospitalier pénitentiaire). Réginald accompagne trois équipes, sur Saint-Brieuc, Dol/Combourg et Rennes. Yves, adjoint de direction pour la Région Ouest (Bretagne/Pays de la Loire), se réserve le Pays Bigouden.

Le rôle du coordinateur consiste à animer les équipes de bénévoles. Chaque équipe a une identité avec des usages et fonctionnements qui lui sont propres. Les coordinateurs-animateurs protègent aussi les bénévoles  : le public peut être en grande précarité, présenter des troubles psychiatriques. Une réunion tous les deux mois, en comité restreint, permet de resserrer les liens. Les coordinateurs soutiennent les situations compliquées. Ils veillent au dynamisme de l’équipe, régulent les excès d’enthousiasme, de fatigue, de détresse… Afin d’éviter un essoufflement, voire un burn out, chez les bénévoles, certains ne se donnant pas de limites.

Les coordinateurs-animateurs apportent aussi leur soutien dans la recherche de nouveaux bénévoles. Margot témoigne : elle a accompagné une bénévole dans un lycée en classe Terminale de Laval. À la demande du professeur de philosophie, elles présentent l’association lors d’une soirée, placée sous la thématique de la précarité. Elle peut aussi recruter dans des cafés. Une conversation partagée peut faire germer un souhait d’engagement. Le bouche à oreille pourra s’opérer et s’avérer fructueux.

Un bénévolat d’action

La moyenne d’âge des bénévoles oscille entre 60 et 70 ans. Ce sont bien souvent des femmes retraitées, des étudiants actifs. L’accueil d’un nouveau bénévole résulte aussi de la cooptation d’une équipe, qui se charge de son accueil. Certaines personnes n’osent pas entamer l’accompagnement, l’équipe sait trouver les mots…

La fondation « nationale » peut proposer une inscription d’un bénévole sur le site de l’association. Ce dernier sera reçu par les coordinateurs et bénévoles. On lui présente alors concrètement le rôle des Petits frères des pauvres. À lui de préciser le temps qu’il souhaite dédier à l’association. Les Petits frères des pauvres assurent des formations : l’écoute active, la prévention au mal-être. Les coordinateurs sont attentifs à ce besoin de formation. Ne pas décevoir, pour mieux fidéliser l’engagement.

Un accompagnement de qualité pour pallier à l’isolement

Le rôle récurrent pour combattre l’isolement consiste à visiter une heure un accompagné tous les 15 jours. Un binôme de bénévoles-accompagnants est désigné pour assister une personne isolée. Le binôme est préconisé dans un esprit de protection d’une part, et pour pallier les absences (congés ou autres). Les échanges reposent sur une écoute active, l’accompagné est invité à s’exprimer. Le bénévole l’aide à entretenir des projets, à formuler des rêves.

Parfois, ces visites régulières redonnent le « goût des autres » au visité, lui donnent l’énergie -le déclic- pour tisser des liens, même avec un membre de la famille éloignée, participant ainsi à la reconstruction des liens familiaux. Un « envol » qui vient corroborer l’action de l’association.

Des liens jusqu’au bout de la vie…

L’accent est mis sur l’engagement à long terme. Pour des raisons évidentes, l’engagement zapping n’est pas souhaité. Une personne isolée peut accorder sa confiance, mais pas sans cesse. Si un bénévole doit arrêter, l’association s’engage à continuer les visites.

Les coordinateurs font un gros travail sur les limites des bénévoles. Leur vigilance est une protection, et participe à la longévité de l’engagement. Ils rappellent : « Il est nécessaire de prendre du plaisir pour l’insuffler aux autres ».

Le confinement a accentué le phénomène de rupture du lien social

Pour pallier l’isolement accentué durant la pandémie, les bénévoles ont renforcé leur accompagnement téléphonique, devenu hebdomadaire.

Solitud’écoute 0 800 47 47 88

Renforcée durant le confinement, la ligne d’écoute nationale des Petits frères des pauvres a reçu 280 appels par jour au lieu des 90 reçus précédemment ! Les renforts se sont mobilisés du côté des bénévoles écoutants. Ils ont pu absorber plus de 80 % des appels. Conformément à sa ligne d’action, cette ligne est réservée aux personnes isolées de plus de 50 ans –appel gratuit, 7 jours sur 7, de 15 h à 20 h.

Depuis la fin progressive du confinement

 Le besoin de rencontre présentielle s’exprime. Les bénévoles reprennent doucement les visites en respectant les gestes sanitaires recommandés, parfois en engageant des échanges depuis les fenêtres, balcons. Ils s’assurent du bien-être physique et moral des visités. Les EHPAD donnent plutôt la priorité aux familles. Des négociations sont menées pour ne pas oublier les résidents isolés et permettre des rendez-vous présentiels avec les bénévoles des Petits frères des pauvres, qui visitaient déjà certains résidents isolés.

Salariés et bénévoles de l’association ont resserré leurs liens

Ensemble, ils ont œuvré pour lutter contre cette situation exceptionnelle d’isolement. Nous le vivions tous ! témoigne Margot, comment être plus présent auprès de nos aînés, leur assurer notre soutien, en les protégeant ? La solidarité l’a emporté. Bénévoles et salariés se sont mobilisés davantage, les liens se sont resserrés, des initiatives communes ont émergées. L’isolement de chacun est devenu l’affaire de tous, la protection de chacun aussi. Au niveau national, des soutiens individuels d’écoute psychologiques étaient proposés aux équipes opérantes. Ce souci de protection de l’autre anime aussi les visités qui optent pour un maintien du contact téléphonique, la raison primant.

Un retentissement élargi

De nouveaux partenariats émergent. Des bailleurs sociaux prennent contact spontanément avec l’association, dont l’action a été relayée et a bénéficié de visibilité en cette période de grande solidarité.  L’association des Petits frères des pauvres propose de vivre une vie d’équipe pour, ensemble, lutter contre la pauvreté et l’exclusion ! Là encore, elle a su assurer et se mobiliser.

*Photo de couverture. Margot, Réginald, Yves et Frédéric, les quatres coordinateurs de développement social de la Fédération d’Ille-et-Vilaine

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