Souvent considérées comme des éléments du paysage, les haies bocagères jouent pourtant un rôle essentiel dans les fermes maraîchères.
C’est pour redonner à ces haies toute leur valeur – écologique, agronomique et économique – que l’association Maraîchage Sol Vivant, engagée dans la promotion de l’agroécologie, a lancé un projet collectif ambitieux dans la Manche et le Calvados.
Ce projet, structuré autour d’un GIEE (Groupement d’Intérêt Économique et Environnemental) intitulé « La place de l’arbre au sein des systèmes maraîchers », réunit 21 maraîchers autour de trois grandes thématiques : la création de vergers naturels diversifiés, une expérimentation inédite sur la plantation de vigne et d’agrumes en Normandie, et la gestion durable des haies bocagères.
Jusqu’à présent, de nombreux maraîchers du groupe hésitaient à intervenir sur leurs haies, par crainte de mal faire et de nuire aux précieux services qu’elles rendent : brise-vent naturel, refuge pour les auxiliaires de cultures, barrière contre l’érosion… Mais cette situation évolue grâce à une série de formations dispensées en partenariat avec Réseau Haie Normandie, complétées par une formation à l’utilisation de la tronçonneuse et des fiches techniques élaborées par Maraîchage Sol Vivant.
Aujourd’hui, ces maraîchers sont mieux formés, mieux outillés, et surtout plus confiants pour entretenir leurs haies en toute sécurité. C’est le cas de Régis et Nicolas, installés à Port-Bail-sur-Mer sur la ferme Le Pot’à’Gégène. Avec l’accompagnement de Léa Lelièvre, technicienne bocage, ils ont commencé à regarnir leurs haies existantes et à en planter de nouvelles.
« On est contents de pouvoir enfin gérer nos haies sans crainte de faire une bêtise », confient-ils. Le bois issu des tailles est valorisé en bois de chauffage pour leur usage personnel. Mais ils soulignent aussi un point clé : si les aides à la plantation existent, rien n’est prévu aujourd’hui pour soutenir l’entretien régulier des haies, pourtant indispensable. Ils appellent de leurs vœux des plans d’accompagnement publics plus ambitieux, à la hauteur des enjeux.
Bonne nouvelle : les 15 fermes du GIEE vont prochainement bénéficier d’un Plan de Gestion Durable des Haies (PGDH), financé dans le cadre du projet. Ces plans permettront d’avoir une vision à 15 ans de l’entretien des haies, avec des priorités d’intervention, des conseils techniques adaptés et un calendrier d’action. Une démarche exemplaire, qui pourrait inspirer bien au-delà de la Normandie.