Ne serait-ce pas symptomatique d’un vide informationnel que d’interroger ce cher monsieur Google sur la question « hommes et cancer » et de lire en première proposition : « Astrologie : tout savoir sur l'homme Cancer » ?
Si le sujet n’était pas si grave, on aurait envie de sourire. En 2018, 54 % des personnes touchées par un cancer étaient des hommes (e-cancer.fr). Alors pourquoi si peu d’hommes poussent les portes des associations qui peuvent les soutenir ? La Niaque l'Asso a décidé de réfléchir sur cette problématique. Pour rappel, le cœur de l’action de l’association est le retour à l’emploi des personnes qui ont souffert d’une longue maladie, sans pourtant négliger l’indispensable nécessité de les aider, avant toute chose, à se reconstruire une vie qui ait du sens.
En 2020, Pascal Konikowski de Balafres, lui-même atteint d’un cancer, a décidé de créer un site sur le constat suivant : « Internet regorge d’informations, mais elles sont dispersées, parfois trop scientifiques, et destinées presque exclusivement aux femmes. » Il ajoute : « Balafres a ainsi pour but de réunir un grand nombre d’explications dont les hommes pourraient avoir besoin, pour être aider à mieux vivre la maladie. » Assurément, il a fait mouche puisqu’il est convié sur les plateaux de magazine TV pour parler du cancer au masculin. L’autre association qui s’intéresse spécifiquement aux hommes est CerHom qui est à la recherche de « coopérations avec d'autres mouvements associatifs, notamment féminins, afin de fédérer nos efforts et créer des partenariats. »
Cela dit, comment expliquer le manque d’informations et donc le petit nombre candidats masculins dans les programmes de La Niaque ? Une première hypothèse serait liée au biais de l’éduction genrée, tant du fait des patients que des soignants avec l’idée préconçue qu’un homme se débrouille seul. Mathilde Buhot de La Niaque l’Asso a recueilli le témoignage de Stephan, un ancien niaqueur. Ce dernier confirme que la maladie déstabilise encore plus les hommes dans leur posture de « tête du foyer, chef de famille » : ils se sentent soudain incapables d’assumer ce rôle et peuvent considérer qu’un accompagnement ne servirait à rien car cela les empêcherait de travailler. De plus, on est en droit d’émettre l’hypothèse que les cancers masculins comme le cancer des testicules est très perturbateur comme symbolique d’une masculinité malmenée par la maladie. Par ailleurs, Stephan partage le constat de Pascal Konikowski : le personnel hospitalier ne pense pas à informer les hommes. L’enquête de la Fondation Cognacq-Jay (https://www.cognacq-jay.fr/) ajoute que les médecins admettent ne pas très bien connaître les programmes d’accompagnement de l’après-cancer. La boucle est tristement bouclée.
Fort de ce diagnostic, La Niaque l’Asso est en train de constituer un groupe pilote exclusivement masculin afin, toujours dans l’objectif de l’accompagnement au retour à l’emploi d’identifier dans un premier temps, les besoins, demandes et attentes des hommes, pour dans un second temps, élaborer un programme qui leur corresponde. L’expertise des associations Balafres et CerHom sera sollicitée. D’ores et déjà, La Niaque l’Asso invite à prendre contact avec ses consultants afin de partager une expérience, un témoignage et surtout offrir à des candidats intéressés d’intégrer le groupe pilote. Contact : sophie.caruso@laniaquelasso.org ; tel : 04 37 65 31 40.
