Le journal Le Monde a publié le 17 janvier 1923 sous la plume d’Isabelle Chaperon un article intéressant sur la question du travail et du cancer en interrogeant : se taire ou en parler ? L’article souligne le courage de certains d’avoir osé annoncer leur maladie alors qu’ils occupaient des positions clés dans des entreprises. C’est le cas d’Arthur Sadoun (Président du directoire Publicis), qui a décidé de « présenter au forum économique de Davos, une plate-forme sur laquelle les entreprises pourront exposer leurs engagements à destination de leurs salariés atteints de cancer ».
L’initiative est plus que louable puisqu’elle impliquerait, qu’en France, le tabou autour du cancer commencerait enfin à être battu en brèche, au moins parmi les personnes citées Octave Klaba (OVHcloud) Fabienne Lecorvaisier (Air Liquide) Laurent Perrin (Front) Valérie Raoul-Desprez (Dassault Systèmes). Arthur Sadoun propose donc la signature d’un « un appel à s’engager pour une culture d’entreprise plus ouverte, plus solidaire et plus favorable à l’intégration des salariés atteints de cancer » (publicisgroupe). Du côté de l’État, l’INCA avait déjà édité une charte de 11 engagements regroupés autour de trois thématiques principales - accompagnement du salarié dans le maintien et le retour en emploi, formation et information des parties prenantes, promotion de la santé. Elle a été signée par 80 entreprises fortes de 1 600 000 salariés et agents.
À la Niaque, nous aimerions dire :
- D’accord avec la psychiatre Sarah Dauchy il faut faire « attention à ne pas développer des modèles de super-patients, par opposition à d’autres qui seraient perçus comme faibles ». En d’autres mots, ne stigmatisons pas ceux qui ne sont pas en capacité de continuer à travailler pendant le traitement. Nous y travaillons chaque jour avec les Niaqueurs afin de les déculpabiliser et les aider à reprendre confiance.
- Quid des employés des PME qui n’occupent pas de postes de direction ? Nous les aidons à connaître leurs droits, nous cherchons à les accompagner, les soutenir et les guider vers une vie professionnelle qui ait du sens pour eux.
- Jean-Baptiste Escudier-bianchini, directeur adjoint à la caisse d’assurance-retraite et de la santé au travail (CARSAT) des Hauts-de-France, lui-même touché par un cancer déclare dans cet article : « Les patients sont lâchés dans la nature, et les entreprises ne sont pas armées pour les aider, constate-t-il. L’assistante sociale ou la médecine du travail ne suffisent pas toujours. Un dispositif plus large d’accompagnement est nécessaire ». C’est le cœur du métier de La Niaque que de proposer des accompagnements qui dépassent l’enjeu pourtant essentiel, du retour à l’emploi. C’est pourquoi nous essayons de mettre en œuvre un dispositif inclusif de toutes les facettes impactées par la maladie afin de permettre une réelle reconstruction. L’entreprise peut être un des partenaires. Toutefois, nous constatons régulièrement dans notre pratique que la réhabilitation pleine et entière après la maladie - reconstruction physique, psychologique et professionnelle – ne se réalise sereinement que dans le cadre d’un espace neutre où la parole, les mots et maux s’expriment sans crainte, où les désirs et aspirations à renaître éclosent dans la confiance.
- La question n’est pas de se taire ou de dire mais, au cas par cas, en partant de l’individu et de sa situation particulière, d’envisager les conditions et temporalités dans lesquelles l’annonce de la maladie peut être formulée auprès de l’employeur.