Je ne vous parlerai pas du recyclage qui est au centre de mon travail : toutes mes toiles ont été récupérées chez Emmaüs, chez les Chiffonniers de la Joie, dans les poubelles ou données par des copains ... d’où les traces sous-jacentes qui ne sont pas des repentis ...
Je ne vous parlerai pas de : « Séries ». Je suis, sans aucun doute, un « Sérial Painter » qui par contre n’enchaîne pas les séries ou les périodes les unes après les autres mais les travaille concomitamment, toutes ensemble avec la même palette :
- Les Rives sont peintes en pleine mer ...
- Les Empreints sont des vibrations colorées verticales exaltant le geste musical ...
- Les Domus sont des petites sculptures d’ardoise ancienne, évoquant les bombardements d’habitats ravagés par la guerre ...
- Les Misères de face et Faces de misère inspirées du messianisme d’un suaire milanais évoquent la souffrance de tous nos alter égo ...
- Les Etreintes posent la question de la procession de tous ceux qui importent et qui nous déportent ...
- Une nième série est en chantier, les Confinées – NoSasha, est une bien vaine tentative de cesser de souffrir de l’absence de ceux qui ont disparu volontairement ...
Je ne vous parlerai pas du prix de vente de mes œuvres autrement que par ma volonté de les rendre accessibles pour m’en départir...
Je vous dirai simplement que tout s’est inscrit un dimanche matin au Musée du Louvre en 1964, à mon arrivée en France...le nucléon est allé se promener dans cette caverne d’Ali Baba... je suis resté figé devant les Immortels du Roi Darius, les Taureaux ailés androcéphales de Khorsabad, le Sphinx de Gizeh, les Epoux étrusques du Sarcophage et les Panathénées de Phidias ...
J’ajouterai que les toiles que j’ai peintes m’embarrassent. Entendez-moi : si elles encombrent l’atelier, elles me sidèrent et me frappent de stupeur ... je les regarde le plus souvent étonné en me disant que si je les avais peintes, j’aurai amélioré tel ourlet ou telle courbe, fluidifié tel penchant ou assoupli tel mouvement...
Les toiles que je suis en train de peindre m’obsèdent et nourrissent mes insomnies chroniques...
Seules celles qui sont à peindre m’offrent encore la liberté de leur non-existence !
Alors soyez charitables, appropriez-les-vous que j’aère un moment mon cerveau- atelier avant de le saturer à nouveau !
Djo
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